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Résumé :
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Nicolas Malebranche a développé une théorie originale de la vision, mobilisant des considérations optiques raffinées pour défendre la thèse métaphysique, d'apparence exorbitante, selon laquelle les corps extérieurs ne sont jamais perçus directement dans le monde mais seulement à travers leurs idées dépeintes dans une "étendue intelligible". Cette doctrine fameuse de la "vision en Dieu" détermine une importante distinction entre voir et regarder : Regarder signifie diriger ses yeux vers un objet matériel, tandis que voir est une activité spirituelle où l'esprit, affecté par les sensations, perçoit une version intelligible de l'objet en Dieu. Deux importantes séries d'arguments "optico-philosophiques" sont mobilisés pour défendre cette thèse. Les premiers relèvent de la critique du réalisme sensoriel, développée surtout dans le livre I de la Recherche de la vérité, où Malebranche montre notamment que couleurs et lumières ne sont des propriétés physiques. La seconde série d'arguments s'attache aux inférences tacites à l’œuvre dans la vision des propriétés spatiales des objets. D'abord considérés comme des jugements réellement opérés par l'esprit humain, mais sédimentés et devenus habituels, ces "jugements naturels" sont finalement caractérisés comme des "sensations composées, produites par Dieu selon des lois générales, et enveloppant des raisonnements que Dieu seul est en mesure de faire. Bien que centrée sur l'intervention divine, cette approche, inspirée du traitement cartésien de la "géométrie naturelle", anticipe des modèles cognitifs modernes où des mécanismes cérébraux préformés traitent les informations visuelles.
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