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Résumé :
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Cet article s'intéresse à la fabrication des "martyrs de la mafia" comme modalité d'attestation de vérités, y compris politiques, et le lieu de production de connaissances empiriques et de "théorèmes" sur la "mafia". Une attention particulière est portée à la dimension matérielle des processus et performances de construction de la preuve. L'article analyse la manière dont cette fabrique (crafting) de la "mafia" est tiraillée entre actes de témoignage et "actes de silence", entre la société civile, l’Église et l’État. Il montre aussi comment chacune de ces entités, loin d'être un monolithe, est clivée par la "question mafieuse". Il retrace les parcours de sanctification de deux figures de "juges martyrs", le juge Giovanni Falcone et le juge Rosario Livatino, en examinant la part prise par les 'témoins" dans ce processus. Le martyr est ici analysé comme une modalité de preuve de l'existence de la "mafia", et par conséquent comme un processus de connaissance parallèle à celui amorcé par la justice pour savoir ce qu'elle est. En essayant de tirer profit des lectures et commentaires auquel la méthode Mfiacraft a donné lieu, cette contribution lance in fine une réflexion sur un régime de (non) connaissance ("Unknowing") caractéristique de notre modernité.
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