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Résumé :
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Cet article explore la naissance et l'actualité théologique du concept d'hypocrisie à partie de son ancrage dans le théâtre grec antique et de sa reconfiguration néotestamentaire, plus particulièrement dans le premier évangile. En rappelant que le mot désigne d'abord l'acteur, Célime Rohmer montre que l'hypocrisie, avant d'être une catégorie morale, relève d'une mise en scène de la parole et du rapport entre l'intérieur et l'extérieur. L'analyse du langage théâtral employé par Paul puis par Matthieu révèle que le masque de l'acteur n'est pas dissimulation mais révélation de la vérité reçue de Dieu. L'hypocrite-acteur, en se prenant pour l'auteur de sa propre parole, rompt la relation vivante qui le relie à son Créateur. En dialogue avec Wajdi Mouawad et René Girard, l'autrice souligne la dimension tragique de cette rupture et l'illusion d'une humanité coupée de l'autre. Relire l'hypocrisie en perspective théâtre permet dès lors de repenser la tâche théologique comme un appel à jouer, non en imposteurs, mais en acteurs témoins de la parole reçue, secrètement, derrière le masque.
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