|
Résumé :
|
Le retour de la guerre sur le sol européen et l'indifférence manifestée par les États-Unis vis-à-vis de la protection de leurs Alliés ont considérablement modifié la donne sécuritaire en Europe de l'Ouest. Face à deux géants possédant les plus gros arsenaux nucléaires dans le monde, de plus en plus d'observateurs et d'acteurs politiques estiment qu'il faut renforcer substantiellement les capacités de défense européennes. En France, outre la possible relance du service militaire annoncée fin novembre 2025, l'outil de la dissuasion nucléaire est régulièrement mies en avant pour souligner l'importance stratégique de Paris sur l'échiquier mondial, et dans un contexte d'agressivité accrue de la part de Moscou, la propension est grande de vouloir accroître l'arsenal nucléaire national et de ne pas se laisser distancer dans la course aux armements.
Ce serait l^une grave erreur selon Benoît Pelopidas qui identifie et corrige, dans cet article, trois idées fausses mais communément acceptées aboutissant à cette évidence apparente : 1) les armes nucléaires seraient des protections alors qu'aucune n'est employable contre une attaque nucléaire ; 2) la taille actuelle des arsenaux nucléaires serait nécessaire à la dissuasion , ce qui est historiquement incorrect et néglige les possibilités émergents de la dissuasion, ce qui est historiquement incorrect et néglige les possibilités émergentes de dissuasion, conventionnelle ; et 3) disposer d'armes nucléaires serait bénéfique dans tous les futurs possibles : au contraire, dans certains c'est indifférent et dans d'autres, c'est nuisible ; l'arsenal jugé désirable dérive de paris subjectifs sur l'avenir qui doivent être explicités dans le débat stratégique. Après avoir précisé ces points, l'auteur invite la France et l'Europe à prendre en compte les multiples menaces auxquelles elles font face et à ne pas les traiter en silo, notamment du fait de l'empreinte carbone de la course aux armements et des effets de cette dernière sur la désirabilité des armes nucléaires. Il propose ainsi une redéfinition de la "stricte suffisance" comme critère de dimensionnement des infrastructures de défense nationale au-delà des seules forces nucléaires. Cette proposition pourrait guider l'action publique française et européenne, mais aussi leur action diplomatique vis-à-vis des Etats "dotés", avec le soutien de ceux qui se soucient des effets du changement climatique.
|