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Résumé :
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Cet article analyse l'histoire des différentes formes prises par la protection des grenouilles en Chine entre le XIXe et XXe siècles. Aisément capturable, la grenouille fait l'objet d'une consommation alimentaire ancienne et fréquente. Cependant, en vertu de son utilité dans l'élimination des insectes nuisibles dans les champs, l'ambition commence à être formellement, et non sans peine, protégé par des arrêtés locaux durant les dernières décennies du XIXe siècle. A partir des années 1910-1920, l'interdiction de sa consommation s'appuie sur de nouveaux ressorts, recouvrant des domaines aussi divers que la morale, le bien-être animal et la science. Le traitement des grenouilles capturées suscite alors des débats relayés dans les grands quotidiens shanghaiens. Dans les années 1930, à la faveur du mouvement "Vie Nouvelle" (Xinshenghuo yundong), les amphibiens font l'objet d'une attention politique de la part des structures d'éducation et de propagande du Parti nationaliste. Déclarée d'intérêt national, la sauvegarde de la grenouille des champs, devenue l'un des archétypes politique de l'animal "utile", s'impose dans le même temps comme un thème récurrent d'une littérature pour enfants friande de représentations animales édifiantes. La diversité des formes d'action visant à enrayer la consommation de chair de grenouille reflète avec acuité l'apparition et l'évolution de la protection animale en Chine au tournant du XXe siècle. Celle-ci prend notamment appui sur un discours émotionnel dotant les animaux devant être protégés d'une sensibilité qui, abondamment exploitée dans une presse de plus en plus réceptive à cette dimension, s'impose alors comme une raison moderne du respect de la vie animale.
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