|
Résumé :
|
L'article présente les résultats d'une double enquête, historique et ethnographique, sur une innovation biomédicale, la xénogreffe, c'est-à-dire la tentative de transplantation d'organes entre l'animal et l'humain. Cete pratique et les nombreux débats qu'elle a suscités donnent à voir des conceptions plurielles de l'animalité et de l'humanité qui ont circulé depuis le XVIIe siècle jusqu'à aujourd'hui. L'enquête historique souligne notamment l'émergence au XIXe siècle d'une conception dualiste de l'échelle des êtres qui a façonné la mise en oeuvre de l'expérimentation animale, dont la xénogreffe s'avère l'une des extensions, reposant sur l'affirmation d'une discontinuité entre humains et non-humains. Dans la seconde moitié du XXe siècle, un dispositif gradualiste voit le jour et remet en cause cette discontinuité en imposant une nouvelle conception de l'échelle des êtres. Si le gradualisme est partiellement actualisé dans la situation contemporaine, l'enquête ethnographique révèle également que les scientifiques engagés dans cette innovation s'appuient toujours sur des éléments de discours et des manières de s'engager auprès des animaux cobayes typiques de la conception dualiste. Ces résistances semblent liées aux rapports ambivalents que les expérimentateurs entretiennent aux cobayes, oscillant entre compassion et objectivation.
|