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Résumé :
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Lorsque l'adjectif "végétarien" apparaît pour la première fois dans un texte publié, en 1842, il est loin d’être considéré comme un néologisme audacieux : dérivé du latin vegetus, il désigne un état de santé physique et mentale, et est utilisé comme alternative à divers autres termes, tels que "abstinent", "pythagoricien" ou "frugivore". Les "végétariens" du XIXe siècle cherchaient à souligner la continuité conceptuelle entre leur choix de s'abstenir de consommer de la viande - ou tout autre produit animal - et la longue tradition des philosophes antiques, tels Porphyre et Plutarque, ainsi que l'imagerie biblique concernant l'alimentation humaine avant la Chute. Cet article examine le milieu intellectuel dans lequel le mot "végétarisme" a été inventé afin d'établir des liens à la fois avec la compréhension contemporaine de ce régime alimentaire et avec les discussions sur l'abstinence de viande avant que ce terme ne commence à être utilisé. Il en résulte une étude de cas sur les intersections entre l'histoire d'un concept et les histoire entremêlées des différents mots qui l'accompagnent. La méthodologie de l''anachronisme contrôlé est présentée comme un outil productif qui permet aux historiens et historiennes (de la philosophie) de détecter les trajectoires conceptuelles tout en préservant la contextualisation, et ainsi de retracer l'histoire d'une idée au milieu des changements terminologiques. Cet article est un plaidoyer en faveur de l'application des anachronisme à la recherche historique, dépassant l'idée selon laquelle les anachronismes sont incompatibles avec le besoin présumé de neutralité de l'histoire.
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