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Résumé :
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Afin de faire du care, et non de l'économie, la préoccupation centrale de la vie politique démocratique, Joan Tronto prend au sérieux l'idée selon laquelle les "citoyens démocratiques font preuve de care", et elle cherche à envisager les effets de ce changement de paradigme. Ces mêmes citoyens cherchent à promouvoir le care dans la société, en essayant de répondre à la diversité des besoins en care éprouvés par chaque individu, et en créant des "institutions sociales compatibles avec cette diversité". En outre, le soin que les citoyens démocratique prennent du care lui-même les encourage à accommoder la société et la politique à la liberté, à l'égalité et à la justice. Par conséquent, le care implique qu'il faut cultiver des capacités personnelles et relationnelles, telles que l'attention tant à ses propres besoins qu'à ceux des autres, la capacité de coopérer plutôt que de rivaliser, et l'accroissement de la responsabilité collective. Selon Tronto, c'est grâce à l'éducation que les sociétés parviennent, en pratique, à atteindre ces objectifs. Je considère que la convergence entre la perspective de Tronto, fondée sur le care, et les pratiques démocratico-éducatives répandues un peu partout dans le monde, mérite qu'on s'y arrête. A cet égard, la "philosophie pour les enfants" (P4C) de Matthew Lipman et Ann Margaret Sharp est particulièrement intéressante et unique tant elle converge avec la perspective de Tronto, du fait du caractère décisif de la "pensée bienveillante" (caring thinking) dans la (P4C). Dans cet article, je m'efforce de monter que la similarité entre l'approche du care par Tronto et celle de P4C sont réciproquement révélatrices, dans la mesure où la réflexion de Tronto met en lumière le potentiel politique de P4C, là où celle-ci incarne dans les faits la pensée utopique de Tronto, dans toute sa densité.
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